PROJET D’ÉCHANGE À CONCORDIA
Objectif du projet
Depuis trois ans, je développe un travail de compositions, inspiré par la représentation perspective d’intérieur architectural. Les compositions que je réalise oscillent entre les champs de la
peinture et de la sculpture.
J’ai eu recours à la représentation en perspective d’un coin de mur. La contemplation d’un espace vide, comme l’intersection de différents pans de murs, m’aide à la réflexion ; cela fonctionne
comme une sorte d’écran de projection.
La couleur blanche choisie est fondamentale. Bien sûr elle ressemble à la couleur basique des murs dans une architecture domestique. Mais c’est aussi celle de l’apprêt de la peinture en devenir,
genèse d’une création. La toile blanche peut être mise en parallèle avec la page blanche de l’écrivain.
Dans mon travail de peinture, le dessin issu de la représentation d’un coin de mur est créé par la présentation d’une composition de châssis entoilés, juxtaposés. C’est l’interstice, le creux,
des surfaces planes assemblées qui font le dessin.
Je me suis aussi intéressée à la marqueterie. Sitôt la perspective euclidienne inventée les marqueteurs s’en emparèrent. Vasari rapporte que la marqueterie repose sur la perspective. Ces
exercices de dessins représentaient surtout des édifices et des objets géométriques auxquels on donnait du relief grâce aux tons plus ou moins foncés des différentes pièces de bois ou de pierres.
Les marqueteurs étaient vus par Vasari comme des artistes plutôt patients que doués pour la création. Effectivement le principe de la marqueterie exclut l’à-peu-près autant que l’improvisation :
il suppose que toutes les pièces s’ajustent exactement les unes aux autres comme dans un puzzle.
L’acte de construction des châssis répond à cette même logique. Le dessin du coin de mur n’est pas identifiable au premier regard, cela à cause de la simplification dû au traitement par plan. La
peinture qui vient comme étape suivante est réalisée pièce après pièce. Pour ensuite, au dernier moment rassembler ces parties afin de former un tout.
Aujourd’hui, mon travail se tourne de plus en plus vers la sculpture y compris le readymade. J’incruste des objets le plus souvent fonctionnels (prise électrique, lampe de bureau…) dans un espace
pictural.
La toile tendue sur châssis présente dans mes anciens travaux a disparue. La surface plane du tableau est devenue un mur.
Un spot de bureau est fixé à même le mur. Il est dirigé de telle manière que s’il fonctionnait, un faisceau de lumière serait projeté sur le mur. En réponse à cette absence, une trace de
peinture jaune figure la lumière. Cela joue avec la présence matérielle de la lampe. La représentation picturale cohabite donc avec l’incrustation d’objets réels. À l’aide d’un
faux-semblant, je désigne la fonctionnalité de l’objet.
J’applique souvent à mes travaux la notion de simulacre. La peinture intervient comme champ de modélisation du réel. Luis Borges donna une définition du simulacre proche de mes préoccupations
: Un empereur commanda à ses cartographes une carte de l’empire la plus précise possible. Le résultat fut tellement précis que la carte recouvrit entièrement le territoire. Lors du déclin de
l’empire, la carte se délabra. Puis elle retourna à la terre, son origine.
J’effectue des prises de vues photographiques dans des intérieurs privés et publics. Les lieux que je choisis peuvent être des
couloirs d’une station de métro, un appartement vacant. Ces photographies me servent de notes tout comme les dessins d’observations que j’effectue. Ils sont une source d’inspiration et m’aident à
amorcer mes projets en peinture.
Contenu envisagé du projet.
Je souhaite m’inscrire dans le département de sculpture à l’université de Concordia pour pouvoir changer de point de vue. Cela ouvrirait sans doute mon propos de voir et de parler mon travail
différemment.
J’aimerais, pouvoir donner à mes projets une dimension plus large et faire sortir mes installations du cadre de mon école, comme travailler dans une galerie souterraine de la ville. La découverte
de ce lieu est primordiale pour moi, car je découvrirai un espace intérieur public opposé à l’intimité du chez-soi. Jamais je n’ai été confrontée à un déploiement architectural intérieur si vaste.
C’est une spécificité intrinsèque à la ville de Montréal, on peut se déplacer de son appartement à son lieu de travail sans sortir dehors. Comment l’architecture différencie ces deux intérieurs ?
J’aimerais travailler sur la frontière entre ces deux lieux.
Pour définir un readymade Thierry de Duve, dans son ouvrage : Résonances du readymade, axe son explication en quatre points fondamentaux : premièrement un objet, deuxièmement un auteur,
troisièmement un public, et quatrièmement un lieu institutionnel. Je veux agir de manière in situe dans la ville souterraine pour contrarier ce quatrième point.
Par le biais de différents médias : peinture et/ou sculpture, je projette d’apporter et de confronter des éléments du quotidien intime (c’est à dire relatif au logement) à la ville
intérieure. J’interviendrai donc dans un espace public qui est aussi un intérieur commun à la population montréalaise. Et inversement, des éléments de la ville souterraine dans un intérieur
québécois.
J’aimerais assister aux cours de print-media afin de constituer une édition sur le cheminement de mes projets. Je réunirais des photographies et des textes sur mes découvertes et difficultés
rencontrées lors de mon séjour à Montréal. Les photographies seront divisées en deux catégories. La première sera constituée de photographies d’observation. Puis la seconde, de photographies qui
témoigneront de mes installations réalisées in situ.
De plus avec une autre étudiante de l’ERBAN, Elena Salah, nous souhaitons travailler sur un projet commun. Ce travail serait au centre de nos préoccupations mutuelles. Elles s’y retrouveraient lors
du partage de cette expérience, le voyage ou la découverte d’autres moeurs. Nous détaillons ce projet dans un document ci-joint.
Étapes envisagées du projet
La photographie comme prise de notes me permettra de visiter différents lieux. Je souhaite assister au cours théorique d’« architecture 374 », qui me fera découvrir l’architecture de Montréal.
Ensuite, il me sera plus facile de composer, de construire et détourner des objets. Je photographie lors de promenades des lieux de passages intérieurs. Je tiens à utiliser ce processus pour
commencer mon projet.
Après un repérage photographique de la ville souterraine appelée aussi « reso », j’établirai contact avec des habitants de Montréal (via les étudiants) et des agences immobilières afin de pouvoir
découvrir des habitations. Le cadrage me permettra d’isoler certain élément de la vie quotidienne québécoise. Ensuite, je mettrai en relation ces différentes vues.
Puis, j’interviendrai en mettant en place des installations picturales et sculpturales dans la ville souterraine. Ainsi je mettrais en place un écart entre les éléments perçus dans l’intérieur
intime d’un lieu de vie et l’intérieur public de la ville. Je chercherai à obtenir les autorisations nécessaires auprès des organismes concernés.
La totalité du processus sera visible dans l’édition du projet.
Moyens envisagés pour le projet
Des installations in situ dans la ville souterraine qui mettront en parallèle des objets qui font partis de l’environnement architectural familier et un système de représentation (par exemple la
perspective euclidienne et/ou la représentation par la peinture).
Une édition des photographies et de texte qui retracera l’évolution et finalisation de mon projet que je constituerai grâce au cours de « media print ».
Justification de la destination
Il y a quatre ans, j’ai habité avec une étudiante de Concordia. Son « choc culturel » m’avait au plus haut point étonnée. Pendant l’hiver, il avait neigé, toute la ville était paralysée. Elle m’a
raconté que dans sa ville, tout été adapté au climat. Je veux découvrir les moyens et les dispositifs mis en œuvre pour vivre avec le froid, comme des murs très épais et la ville souterraine. Le
climat influence logiquement les montréalais sur leur rapport aux objets et à l’architecture domestique. J’ai envie de continuer cette expérience en changeant de situation : devenir
l’étrangère.
Je souhaite étudier à Concordia car cette université à un rayonnement et une ouverture internationale. Je souhaite pouvoir expérimenter le système pédagogique qui est très différent de celui où
j’évolue actuellement. Les étudiants sont inscrits dans des départements précis, comme la sculpture ; ce serait une immersion qui me permettrait de découvrir plus précisément divers médiums. Le
fait d’être dans le cadre d’une université anglophone me permettrait de prendre de la distance par rapport à mon travail. Parler en anglais de son travail, une langue qui a la réputation d’être
plus directe que le français clarifierait mon propos. Se perfectionner dans une langue aussi répandue que l’anglais est une priorité pour moi.
Je suis intéressée par le centre canadien d’architecture. L’architecture hétéroclite de Montréal serait une grande source d’inspiration. L’attraction que je porte à cette ville est en partie due à
son développement rapide et monumental.
Une étudiante de Concordia en échange en ce moment à l’ERBAN m’a parlé du nombre important d’étudiants qui déménageaient souvent en raison du prix raisonnable du logement à Montréal. Ce mouvement
m’intéresse pour les traces que laisse les anciens locataires. Je voudrais aussi me renseigner sur le rituel saisonnier de la journée du déménagement. 250 000 foyers déménagent en raison de
la fin des baux de location au début de l’été. Ce serait l’occasion de photographier des lieux qui se vident et se remplissent en très peu de temps.
La ville souterraine est la principale raison qui motive mon envie d’habiter à Montréal. Un monde intérieur où l’extérieur n’existe pas. Plus de 33km de couloirs souterrain pour affronter la
rigueur du climat.
Je souhaite visiter les manifestations artistiques temporaires et permanentes de la ville de Montréal. Afin de découvrir dans un premier temps, le travail des artistes exposés mais aussi
d’apprécier la disposition muséale. En effet, une autre partie de mon travail consiste à découvrir ces installations. Les espaces mis en place par des cimaises et couloirs sont des compositions qui
nourrissent ma production.
Étudier à Concordia me permettrait d’approfondir mon travail grâce à la diversité des cours proposés. Enfin, la ville de Montréal est un lieu qui correspond aux exigences culturelles et
architecturales, dont j’ai besoin
pour développer mon projet artistique.
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